Théo Letna - auteur, dessinateur

Chronique de lecture

Chronique littéraire
Évadez-vous de l'Île Fantôme

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Évadez-vous de l'Île Fantôme

Aperçu du livre

C’était juste après avoir vu défiler un post de Simon Vandeplanque, sur facebook ; un onglet amazon s’est ouvert spontanément, mon panier s’est rempli d’un article, et ma cb s’est mise à chauffer sans que je ne puisse la retenir. 😅 Ah… la vie et ses imprévus !

C’est principalement l’aspect escape game qui a attiré mon attention sur ce livre. Car depuis que j'arpente les aventures concoctées par nos bien-aimés Jackson, Livingstone et Brennan, il faut bien reconnaître que, sans être non plus lassé, j’ai tout de même eu mon compte de donjons à explorer, de monstres à occire et de trésors à dégotter. Alors un livre focalisé sur des énigmes visuelles, de mémoire et de logique, voilà un défi qui promet de me changer !

🧐 Premier feuilletage, que peut-on constater ?

  1. Il y a une carte ! Tous les aventuriers aiment les cartes !
  2. Beaucoup d’illustrations, principalement de lieux ou en rapport avec les énigmes. Aucun personnage, même s’il s’en trouve dans le récit. Cela installe d’emblée une atmosphère singulière de mystère et de solitude qui m’évoque le jeu vidéo The Witness, que j'avais beaucoup aimé.
  3. Les chapitres sont d’une taille assez homogène et dans l’ensemble relativement courts. D’où l’on perçoit que l’aspect narratif n’est pas la priorité. Ce n’est pas rédhibitoire, puisque le cadre et le pitch initial offrent déjà assez de mystères pour tenir en haleine sur les 190 chapitres que compte l’aventure. Pourvu tout de même que la résolution se tienne !
  4. J’ai rarement vu une entrée en matière aussi brève ! Une page de règles et on peut déjà se lancer dans l’aventure ! Ce sont donc bel et bien les méninges qui seront sollicitées ici plus que le hasard des dés qui peuvent rester rangés.

En somme, et avant même de l’avoir lu, il m’est possible d’affirmer me trouver face à un livre jeu cohérent, avec un auteur sûr de lui qui n’essaye pas d’en faire plus que nécessaire.

🕵️‍♂️ Il ne me reste plus qu’à m’y lancer…

Évadez-vous de l'Île Fantôme : carte

Il y a une carte !

La chronique

Vous vous réveillez, amnésique, dans une petite cellule. Après avoir résolu une première énigme, vous débloquez la sortie. Une fois dehors, vous découvrez être sur une île perdue au milieu de nulle part. Votre mission sera de recouvrer la mémoire, comprendre la raison de votre présence ici, et trouver le moyen de vous évader de l'Île Fantôme.

D'ores et déjà, je peux vous révéler que la plupart de mes impressions initiales se sont vues confirmées, à l'exception d'une seule — mais cela est pour le mieux !

Une filiation avec le monde du jeu vidéo

Moi qui avais d'emblée comparé le livre à The Witness, je n'étais pas si loin du compte, car l'auteur révèle dans une de ses chroniques être un grand fan du jeu Myst. Le premier est un jeu en vue subjective, le second est un point & click à l'ancienne et une référence de l'âge d'or du genre. Dans les deux cas, il s'agit d'un jeu vidéo en huis-clos sur une île, de laquelle il va falloir s'échapper en complétant des énigmes.

« [...] les huis-clos sur une île, c’est une de mes passions fictionnelles les plus tenaces, sans doute depuis Myst. »

Ces jeux — Myst et The Witness — reposent notamment sur des panoramas envoûtants, une atmosphère austère, lourde d'un mystère à dévoiler pièce après pièce, ainsi que d'un sentiment de solitude prégnant. Ce mélange confère aux lieux traversés une quiétude incertaine sur laquelle glisse un vent de menace ; menace toujours suggérée, mais jamais montrée ni même tangible. Les personnages y sont rares et peu loquaces. Dans le livre, ils ne sont jamais figurés sur les illustrations.
En résumant ainsi ces jeux vidéo, je viens tout autant de décrire le livre, car on y retrouve tous ces éléments. L'inspiration a donc été bien digérée.

L'hommage serait toutefois incomplet sans une intrigue consistante et des révélations fracassantes — et c'est là que fut ma seule erreur d'appréciation ; car l'intrigue de l'Île Fantôme est plus riche qu'il n'y paraît au premier abord. Elle se révèle presque intégralement à travers des notes de journal disséminées dans l'île, qui sont autant d'indices à la fois pour comprendre ce qui se joue en ces lieux et pour progresser dans nos recherches.

Évadez-vous de l'Île Fantôme : illustration de phare

Une histoire fragmentée, mais pertinente

De là, il est possible de continuer le parallèle avec les jeux-vidéo, et de rappeler que ce procédé d'une histoire qui se révèle à partir de notes manuscrites est particulièrement fréquent dans les jeux d'horreur, surtout depuis Amnesia. Mais peu de jeux parviennent à l'intégrer et à le doser correctement. Dans la plupart des cas, c'est un procédé qui m'apparaît surtout paresseux et ennuyant, car il va régulièrement couper l'action et la tension en nous collant devant le pif des pavés dont on aurait préféré se passer.
Mais avec l'Île Fantôme, c'est peut-être la seule fois que ce mode de narration m'apparaît tout à la fois justifié et bien mené. Car si dans le jeu vidéo le texte constitue une rupture de la partie ludique, dans un livre jeu, la lecture d'une note est au contraire dans la continuité de l'activité pratiquée. Et ça change tout de l'appréciation qu'on peut en avoir.

Et ainsi, non seulement il y a une histoire dans Évadez-vous de l'île Fantôme, mais celle-ci est également de nature à encourager la réflexion du lecteur sur les thèmes de la personnalité, de la mémoire, et des vertus de l'oubli. La littérature ludique comme amorce à une réflexion philosophique, c'est pour moi le meilleur des mondes.

L'écriture, enfin, est émaillée d'un humour mordant. Le narrateur ne se prive pas de briser le 4e mur afin de mieux se moquer des errements, hésitations et erreurs de son lecteur. Notre personnage étant une coquille vide, et les interactions étant limitées, cette légèreté de ton permet d'apporter un caractère qui autrement aurait manqué au récit, et de ne pas réduire le texte à son aspect purement descriptif. Cela m'apparaît donc comme un choix justifié qui soutient efficacement le côté ludique de l'aventure.

Évadez-vous de l'Île Fantôme : journal de Roland

Pas d'inventaire à gérer, mais un carnet bien rempli

Le livre ne fait que 190 chapitres, mais la densité des énigmes à résoudre et des éléments à découvrir assure une bonne longueur à l'aventure. La carte est mise à contribution sur l'entièreté du récit et sert à explorer les zones dans l'ordre que vous voulez. Il y a donc une assez grande liberté dans l'ordre de rencontre et de résolution des énigmes.
Les énigmes sont nombreuses, plutôt logiques dans l'ensemble, et pas spécialement difficiles. Elles mettent fréquemment à profit les nombreuses illustrations qui parsèment le livre ; on est donc largement invités à inspecter les nombreux dessins de Séréna Blasco, tracés avec un style à la hachure croisée vif et clair, agréable et très lisible.

Il y a également une forte part de jeu de piste avec un habile système de mot de passe. On croise un élément noté en gras et il faut repérer ailleurs ce même élément écrit normalement dans le texte. Cela peut être aussi bien un objet qu'une information cruciale. Et c'est principalement là que réside la partie difficile du livre. Pensez à prendre des notes, car les éléments à retenir sont nombreux, et entre les endroits que vous avez déjà visités et ceux qui restent à découvrir, la mémoire risque de vous faire défaut, ce qui est tout à fait cohérent avec le thème d'un personnage amnésique.
Si vous vous retrouvez perdu(e) et que vous finissez par ne plus savoir où aller, il sera alors judicieux de recommencer depuis le début pour retrouver vos marques.

Notes de lecture Évadez-vous de l'Île Fantôme

Toutes ces notes ne sont pas de trop pour s'y retrouver

Conclusion

J'ai donc fini par m'évader de l'Île Fantôme. Il m'aura fallu recommencer depuis le début à plusieurs reprises, car mes sessions étant espacées dans le temps, le souvenir des lieux visités s'est à plusieurs fois trop largement estompé pour me permettre de reprendre là où j'avais laissé mon exploration. Le système de mots de passe nécessite en effet d'avoir un souvenir assez frais de nos itinérances et surtout des textes lus, sous peine de devoir repasser par les lieux déjà explorés afin de déceler LA mention cachée qu'il fallait trouver pour avancer. Tenez-vous-le pour dit : mieux vaut avoir devant soi une ou deux soirées de libre pour éviter cet écueil !

La fin est satisfaisante ; elle apporte l'essentiel des réponses espérées tout en laissant entrevoir la possibilité d'une suite — même si, comme pour Complots sous la Lune, celle-ci ne verra probablement jamais le jour. En effet, le livre, publié en 2018, n'a pas été réédité depuis et l'univers installé semble n'avoir pas été réexploité non plus.

Verdict : peu d'action, pas de dés, une atmosphère prenante et une histoire aboutie font de Évadez-vous de l'Île Fantôme de Nicolas Lozzi un de mes plus grands plaisirs de lecture. Je le recommande à tous ceux qui préfèrent s'en remettre à leurs méninges plutôt qu'aux caprices du hasard, et qui apprécient faire une excursion dans un registre plus réaliste que fantastique.

Acheter le livre

Malheureusement, le livre n'a plus été réédité et est indisponible en neuf. Toutefois, vous pourrez facilement trouver des exemplaires d'occasion en excellent état et à bon prix.

Évadez-vous de l'Île Fantome, Nicolas Lozzi

Le site de l’auteur

Pour en savoir plus sur l’auteur, visitez : Nicolas Lozzi : auteur/game designer.

Nicolas Lozzi : auteur/game designer

Anecdote de lecture : les mâles et les couleurs

C'est un fait connu que les femmes sont plus sensibles aux différentes teintes de couleurs que les mecs.
Quand un mec considère qu'une couleur est simplement du rose, une femme peut y voir du magenta du fuchsia, du mauve...

Dans Évadez-vous de l'Île Fantôme, il y a une énigme avec des couleurs. Il faut trouver trois chiffres à partir de combinaisons de couleurs et se rendre au chapitre correspondant. Pendant plusieurs minutes, j'essaye diverses combinaisons, mais aucune n'est la bonne.
Je ferme le bouquin pour laisser reposer, je le reprends plus tard pour réessayer, mais rien n'y fait, je ne trouve pas la solution. Las, je me contente finalement de feuilleter les pages à la recherche du bon chapitre (je sais, c'est honteux). Seulement, même en comparant avec ce que j'avais calculé, le résultat ne me semblait pas logique.

Je me suis dit : « cette énigme est mal foutue. »

Mais, par acquit de conscience — et en me souvenant de ces mèmes que j'avais vu passer sur les réseaux, qui exposent cette fameuse différence de perception entre hommes et femmes —, je décide de soumettre l'énigme à ma môman. Je lui présente la situation et lui explique ce qu'elle doit trouver...

Elle a trouvé du premier coup et en moins de 20 secondes. 🤣🤣🤣😭😭😭