En 2024, j'ai lu 50 livres. 50 livres, c'est beaucoup, et en mĂȘme temps si peu, au regard de tout ce qui existe. Mais il ne suffit pas de lire de A jusque Z et d'ajouter un trait Ă un score pour ĂȘtre content de soi. Il convient, Ă la sortie, de savoir dire ce que l'on en a retirĂ©.
Si vous me connaissez, vous savez que je n'aime pas les livres qui n'aident qu'Ă tuer le temps. Je souhaite qu'ils me fassent passer du bon temps et que, tout comme une aventure, ils me fassent en mĂȘme temps grandir ; qu'ils m'apprennent quelque chose sur moi-mĂȘme, sur la vie, sur l'histoire ou sur le monde.
Et c'est pourquoi, comme Ă vous aussi votre temps est comptĂ©, je ne vais pas vous les prĂ©senter tous, mais me cantonnerai aux 5 meilleurs en leur accordant 840 caractĂšres chacun â soit l'Ă©quivalent de 3 tweets.
5 livres, 3 tweets â pas un de plus â pour vous donner envie de les dĂ©couvrir.
Le Voleur (1897) - Georges Darien


Les parents de Georges Randal sont morts. ĂlevĂ© par son oncle, il sait que celui-ci dilapide son hĂ©ritage, sans pouvoir rien y faire. RĂ©voltĂ© par la bonne sociĂ©tĂ© bourgeoise et sa cruelle hypocrisie, Randal devient voleur â une sorte de Robin des Bois Ă©goĂŻste et cynique.
Plus qu'un rĂ©cit de vengeance, Le Voleur fait partie de ces nombreux ouvrages dâĂ©poque qui dĂ©nonce les travers dâune caste hypocrite, assujettie Ă un conformisme dâapparences et de valeurs, mais en rĂ©alitĂ© profondĂ©ment immorale. LâĂ©poque actuelle nous montre que rien nâa changĂ©.
Le livre présente un discours singulier sur le vol. Pour Randal, les lois sont faites par les riches pour encadrer un vol légalisé, institutionnalisé, mais vidé de romantisme. Selon lui, l'acte de vol est un acte libératoire et une forme de révolte face à l'injustice d'un systÚme corrompu.


Bel-Ami (1885) - Guy de Maupassant


Georges Duroy est un ancien sous-officier fraĂźchement installĂ© Ă Paris. Sa belle apparence et sa personnalitĂ© mallĂ©able lui permettent de s'introduire au sein de la haute bourgeoisie. Il sait se faire apprĂ©cier ; surtout des dames, qu'il courtise mĂȘme si elles sont mariĂ©es.
Il est embauché dans un journal, mais, se voyant incapable d'écrire le moindre article, il sollicite l'aide de Madame Forestier, l'épouse de son ami. Inculte, manipulateur et égocentrique, il se sert sans scrupules de ses relations pour monter l'échelle sociale.
Pour lui, les relations amicales et affectives ne sont que des moyens de parvenir à ses fins. à travers son travail au journal, le lecteur peut découvrir comment on fabrique les idées et les informations qui forment l'opinion populaire. Tout est manipulation. Encore une fois, rien n'a changé.


Le Petit Prince (1943) - Antoine de Saint-Exupéry


Pourquoi relire Le Petit Prince Ă 30 ans rĂ©volus ? Pour vĂ©rifier qu'on a su conserver son Ăąme d'enfant et revivre ce merveilleux voyage, pour ĂȘtre touchĂ© par la profondeur inouĂŻe de ce texte, et dĂ©couvrir des choses qu'on n'avait pas perçues autrefois.
Pour un esprit jeune, à la mémoire encore vierge et dans laquelle la moindre idée laisse une forte empreinte, le choix des lectures est crucial. à ce titre, Le Petit Prince est un concentré de sagesse, de fraßcheur, de candeur et de maturité tout à la fois.
Les valeurs qu'il transmet sont bonnes à enseigner et bonnes à se rappeler. Tout enfant peut le lire, tout adulte doit s'en souvenir. Sa portée est universelle et intemporelle. On le lira encore dans mille ans.


Quatrevingt-treize (1874) - Victor Hugo


L'histoire nous ramĂšne durant la guerre de VendĂ©e qui opposa les rĂ©publicains aux royalistes. Trois personnages s'y confrontent : un ancien prĂȘtre devenu rĂ©volutionnaire inflexible, un jeune noble idĂ©aliste acquis Ă la mĂȘme cause, et un vieux marquis royaliste
Sous couvert de raconter une aventure semĂ©e de batailles, Hugo se livre et fait le bilan de la RĂ©volution. Ce livre est son dernier, et l'un de ceux qui lui tenaient le plus Ă cĆur. Il Ă©tait un humaniste et un rĂ©publicain, mais, jeune, on l'a d'abord connu royaliste.
Cette évolution personnelle lui permet de présenter les convictions de ses personnages avec force et justesse. Plus que les protagonistes d'une histoire, ils sont porteurs d'une idée. à la fin, deux sont tués, un seul reste en vie. à qui Hugo laisse la vie sauve ? La surprise est totale.


Sire (1991) - Jean Raspail


En 1999, le jeune Philippe Pharamond de Bourbon, descendant des CapĂ©tiens, traverse la France Ă cheval pour se rendre Ă Reims et se faire sacrer roi de France. La RĂ©publique dresse devant lui son plus fĂ©roce limier afin de le retrouver et de l'arrĂȘter.
Toutefois, cette Ă©popĂ©e chevaleresque s'avĂšre ĂȘtre un Ă©lĂ©ment secondaire. Car le vrai sujet de ce roman, ce n'est pas Philippe, c'est la monarchie toute entiĂšre. Jean Raspail tire prĂ©texte de son histoire pour dresser l'Ă©loge posthume des rois de France vaincus par la RĂ©volution.
Il nous ramĂšne dans un monde imprĂ©gnĂ© de foi chrĂ©tienne oĂč les priĂšres sont entendues, oĂč les anges se manifestent, et oĂč les hommes sont humbles serviteurs de Dieu. C'est un cri d'amour exaltĂ© pour un rĂ©gime qui â bien que rĂ©volu â nous a accompagnĂ© des siĂšcles durant.


Conclusion
Et voilĂ pour ce tour d'horizon ! Quoique je me sois tenu aux conditions initiales de l'exercice, je n'ai pas pu rĂ©sister Ă l'envie de vous en coller quelques extraits. Vous me pardonnerez cet Ă©cart. đ
Promis, j'ai aussi lu des livres plus récents, mais je ne suis pas désolé d'affirmer que ceux-là furent les meilleurs. Et puis ils sont si actuels que c'en est troublant...
L'avantage de lire des livres anciens, c'est que cela nous rapproche de nos aĂŻeux et nous aide Ă les comprendre. Le passĂ© paraĂźt moins lointain ; on peut faire l'inventaire de ce qui a disparu et de ce qui est restĂ© inchangĂ© ; on se relie Ă la grande Histoire, avec ses horreurs comme avec ses miracles. Nous en faisons partie et nous serons jugĂ©s de mĂȘme, plus tard. Soyons humbles et dignes de cet hĂ©ritage.



